Vie communale

2011

Yvonne Vincent n'est plus

Dernière d'une famille de trois enfants, Yvonne Bressand voit le jour le 8 mars 1909 au Carouge à Villemotier. Elle passera sa petite enfance dans le domaine familial. Arrive l'âge d'aller à l'école et le début de la première guerre mondiale. Yvonne Bressand part à Marboz chez sa grand mère qui se retrouve seule. Le travail des cultivateurs est rude. Il ne reste plus beaucoup de bras pour travailler dans les campagnes, mais Yvonne Bressand va à l'école " J'ai pu étudier, ç'est une des richesses de ma vie", disait-elle. A douze ans, elle obtient son certificat d'études. Elle aura un livre comme récompense, livre qu'elle aura toujours sous la main. Elle sera ensuite "placée" dans quelques familles puis réintégrera la ferme familiale du Carouge.


Le 13 décembre 1928, elle épouse Joseph Vincent. "Il y avait de la neige. On a fait le repas et à quatre heures, je suis allée traire les vaches." racontait-elle. Le jeune couple exploite un petit domaine au Carouge. De leur union, vont naître deux enfants : Georgette en 1932 et René en 1933. La vie rude de la campagne continue, aller chercher de l'eau pour donner à boire aux bêtes, aller labourer avec les vache car les boeufs coûtaient trop chers. Yvonne Vincent se souvenait avec précision de l'arrivée de l'eau sur le robinet "le meilleur dans le progrès" selon elle et de l'arrivée de l'électricité "une seule ampoule de 15 W au milieu de la maison, ma mère disait que ça l'aveuglait", racontait-elle avec un sourire. Mais le bonheur ne dure pas. La seconde guerre mondiale arrive et son mari tombe malade : une pleurésie ; maladie des plus graves à cette époque d'avant les antibiotiques. Pendant trois ans, Joseph Vincent fera la navette entre l'hôpital Grange-Blanche à Lyon et le Carouge. Des voisins et des journaliers viendront donner des coups de main à la ferme. Avec la guerre, arrivent aussi les réquisitions, le rationnement et les privations. Les produits alimentaires manquent de partout. Yvonne Vincent va régulièrement à Lyon pour porter à manger à son mari hospitalisé. La guerre se termine, son mari, très affaibli, a réintégré la maison et les enfants grandissent. Le 12 avril 1956, Joseph Vincent décède. Avec l'aide de sa famille, elle exploitera le domaine jusqu'à sa retraite.


C'est à son domicile qu'elle passera une retraite heureuse, entourée de tous les siens qui lui rendaient souvent visite. Affaiblie, elle est hospitalisée au mois de février. Le 16 avril, elle tire définitivement sa révérence, victime d'une rupture d'anévrisme, sans revoir son hameau chéri du Carouge.

 

Femme de caractère, Yvonne Vincent a su toute sa vie ce que voulait dire se battre et travailler sans relâche. A la retraite, elle a continué à se tenir au courant de l'actualité et l'arrivée de la télévision lui a ouvert un univers nouveau. Avec beaucoup de bonheur et de disponibilité, elle recevait l'un ou l'autre et parlait volontiers de sa vie autrefois. En 2009, l'esprit toujours aussi vif, elle fête ses 100 ans entourée de ceux qu'elle aimait plus que tout. Elle savait ce qu'elle voulait dire quand elle jugeait notre vie d'aujourd'hui, avec "toute la chance que nous avons de pouvoir étudier", mais aussi avec "toutes les commodités et le confort que nous avons, sans même nous en rendre compte".


A ses enfants et à toute sa famille, Voix de l'Ain présente ses sincères condoléances.