RECUEILLEMENT du 19 mai à SAINT GERMAIN

Ce 19 mai 2016, une cérémonie du souvenir a rassemblé, quelques personnes, dont Pierre Guillet, maire,  et Jean Lévy (cousin de Georges Meyer) devant la stèle qui a été érigée en 2014, non loin de la Maison Forte de Saint-Germain. Extraits de l'intervention de Jean Lévy : " "Je ne veux pas qu'on oublie ! Je ne veux pas qu'on oublie mon histoire, notre histoire et qu'on oublie ce que les nazis ont fait subir à des millions d'individus. Car sans mémoire, il n'y a pas d'avenir." Ces mots sont ceux de Martin Gray, ..., juif polonais évadé du ghetto de Varsovie, puis déporté à 20 ans au camp de Tréblinka avant de s'en échapper pour s'engager dans l'armée russe. Il s'est éteint il y a moins d'un mois à Janneron dans le Var à l'âge de 94 ans. Il était de ceux qui avaient vécu le pire de cette période terrible dont nous avons célébré il y a 11 jours la fin, plus de 71 ans après... Une période dévastatrice pour le monde, terrible et dévastatrice pour l'humanité : 60 millions de morts et 6 millions de juifs parmi lesquels un million et demi d'enfants, exterminés dans la Shoah...

En ce jour du 19 mai, nous sommes rassemblés pour honorer la mémoire des 6 victimes de la ferme de Saint-Germain : Jean Schwab, Aron Wolf, Roger Meyer, Charles Cwang, Raphaël Horowitz et Paul Straus. Six martyrs parce que nés juifs. , victimes en ce lieu, le 19 mai 1944, de la barbarie nazie. Nous sommes aussi venus nous souvenir de l'immense sacrifice de celles et ceux qui qui choisirent de donner leur vie pour la liberté : les combattants des Forces Françaises Libres, les combattants de la Résistance intérieure, les armées alliées, qui, au prix d'innombrables pertes, permirent de vaincer le IIIème Reich.

Ce rassemblement est un moment de recueillement... Il est aussi l'occasion d'un retour sur un passé tragique qui doit éclairer nos engagements d'aujourd'hui. Car si l'histoire ne se répète jamais à l'identique, elle doit être transmise aus jeunes et futures générations ... pour permettre de maintenir les consciences en alerte, cultiver notre sens critique et poser un regard lucide sur les menaces des temps présents.

 

Petit rappel historique :

 

Au cours de l'été 1941, les Eclaireurs Israélites de France et le Consistoire Israélite Central décident la création de quatre chantiers ruraux, dont l'un, dirigé par Georges Meyer, sera installé à Maisod, dans le Jura. Ces organisations rurales donnent à de jeunes juifs, une formation agricole, les bases de la culture religieuse et surtout un refuge et un lieu de passage pour des lieux plus sûrs. Les conditions de vie sont difficiles dans le Haut-Jura. En 1942, Georges Meyer trouve une ferme, avec 30 ha de terrain, qui est libre à Villemotier. Le bail est signé, et le chantier rural de Saint-Germain voit le jour. Jean Schwab est responsable de la partie technique, Claude Bloch de la partie administrative et Aron Wolf de l'enseignement du culte.

 

Début 1944, la situation devient préoccupante. Lors d'une assemblée générale dramatique, le docteur Georges Meyer demande au groupe de s'auto dissoudre et de se disperser. Affecté à un préventorium en Haute-Savoie pour faire passer des enfants en Suisse, il réitèrera plusieurs fois sa demande avec insistance. Rien n'y fait, la vie à la ferme est paisible, la population du village bienveillante. Le 19 mai au matin, un voisin de la ferme avertit qu'une colonne allemande arrive de Verjon. Mais trop tard ! La ferme est cernée. Après une journée épouvantable, le garde-champêtre constate le massacre de cinq personnes : Jean Schwab, Aron Wolf, Roger Meyer, Charles Cwang et Raphaël Horowitz, âgé entre 16 et 34 ans. Paul Stauss et son épouse Berthe Menela seront raflés et conduits à Montluc à Lyon. Berthe Menela, enceinte, sera libérée le lendemain. Son époux, transféré à Drancy, sera déporté à Auschwitz. Il décèdera le 1er février 1945, 6 jours après la libération du camp par les troupes soviétiques. Deux occupants seulement survivront : Jacques Frances qui a réussi à s'échapper et à se cacher dans l'eau du bief en contrebas de la ferme et Claude Galland qui était à Lyon pour trouver en urgence un lieu de repli.